Le cas torze

Les hommes sont comme les chiffres: ils n’acquièrent de valeur que par leur position. Napoléon Bonaparte

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où une actualité morbide remet sur le tapis l’un des sujets qui animent le plus la communauté des fans de catch sur Internet depuis de nombreuses années: la malédiction qui pèse sur un certain numéro.

Pff, franchement, croire aux superstitions, en plein XXIème siècle…

La damnation de l’entrant numéro 14 au Royal Rumble

C’est la mort d’Umaga qui m’a fait penser à cette corrélation dont j’ai pris connaissance dans un article que j’ai découvert il y a déjà longtemps, et qui met en évidence une réalité terrifiante (insérez ici une musique qui fait peur et la tête effrayée de Sammy pendant que Scoubidou, tremblant, lui saute dans les bras).

Bon, c’est pas tout ça mais moi, j’ai du boulot en rab, là …

La première édition du Royal Rumble, le match le plus excitant de l’année, a eu lieu en 1988. Ce qui était autrefois un pur match de prestige et sans réel enjeu est devenu au fil du temps la première étape de la route vers WrestleMania et bien souvent un excellent moyen de créer des nouvelles stars (de Chris Benoit à Ric Flair). Si tout le monde sait que certains numéros (le 1, le 30 ou le 27) sont extrêmement favorables pour sortir vainqueur de cet affrontement royal, peu de gens savent que le numéro 14 semble être celui qui conduit irrémédiablement à la pire des choses: une fin de carrière prématurée.

Voire pire.

1988 : C’est Ron The Outlaw Bass qui tire le numéro 14 de ce Rumble à 20 compétiteurs. Il a 27 ans d’expérience et déjà un bien joli palmarès, notamment de nombreux titres de champion dans les divers territoires de la NWA. Cependant il ne trouvera jamais vraiment sa place à la WWF d’alors. sera remercié un an et prendra sa retraite en 1991.

1989 : Un membre de la prometteuse tag-team des Rockers entre en quatorzième position cette année-là: Marty Jannetty. Sa carrière est alors en plein boom et pour de nombreux observateurs, il pourrait bien devenir celui de l’équipe qui, plus tard, deviendra une star de premier plan. Malheureusement pour lui, il a tiré le numéro 14 et à peine un an après, il rate son finisher dans les grandes largeurs et brise le cou de son adversaire, Charles Austin, manquant même de le tuer.

La WWE, suite à cet incident, perdra plus de 20 millions de dollars dans le cadre d’un procès et décide de se rabattre sur son partenaire pour en faire une grande star. Shawn Michaels devient le Heart Break Kid tandis que Marty restera cantonné à la midcard partout où il ira, même si la WWE l’utilisera souvent… pour illustrer le syndrome du maillon faible d’une équipe désormais séparé.

“Bon, c’est vrai que pour l’instant que j’ai fait moins que Shawn côté carrière mais bon, là ça va changer, je le sens…”

1990 : Et l’entrant numéro 14 est Haku, l’un des Samoans les plus costauds de l’histoire du business, qui arrivera à obtenir le titre suprême par équipe avec le tout premier Hall Of Famer: André The Giant. Malheureusement, il n’arrivera jamais à percer en solo et quittera la compagnie 18 mois plus tard. Il est maintenant vendeur de voitures en Floride.

1991 : C’est Davey Boy Smith, le British Bulldog, qui chope le numéro 14. Si sa carrière est loin d’être ridicule et qu’il a aligné les grands matchs, il est décédé en 2002 à l’âge de 39 ans.

1992 : Lors de ce Rumble historique, c’est Hercule Hernandez qui récupère le numéro maudit. S’il avait tenu 40 minutes dans le ring l’année précédente, cette année-là, il ne fera qu’un petit tour: moins d’une minute. Le dépush était alors en marche et, lassé de jouer les jobbeurs, il quittera la WWF pour rejoindre d’autres promotions histoire de continuer sa carrière sept autres années, malheureusement sans grand succès. Il décédera à 47 ans en 2004.

1993 : Un autre Rumble, un autre numéro 14: le Berzerker. Si d’aucuns diront que sa malédiction était son gimmick, il faut reconnaître qu’il était à l’époque assez over, notamment grâce à sa feud avec l’Undertaker. Cependant, après ce match, il quittera assez vite la WWF pour terminer une carrière de jobbeur ailleurs. Il est aujourd’hui vendeur de voitures, lui aussi.

1994 : Septième Rumble et septième numéro 14, le clown maléfique: Doink the Clown, un personnage qui disparaîtra définitivement l’année suivante avant de revenir épisodiquement avec divers lutteurs sous le masque. Il est à noter que 1994 fut l’année de tous les succès pour Doink qui gagna trois Awards du Pro Wrestling Observer: pire feud de l’année, pire match de l’année et pire gimmick de l’année. Personne n’a songé à lui donner le “pire tirage de numéro au Rumble de l’année”. Matt Osbourne, qui incarnait le personnage lors de cette période, est décédé en 2013.

Moi maudit? Non. Pourri? Ca oui…

1995 : C’est un débutant, Eli Blue, qui fait son apparition sous le numéro 14. Malgré la possibilité de faire un grand duo tag-team avec son frère jumeau, Blue ne fera jamais carrière dans le ring enchaînant les contrats à court terme. Retiré des rings, Eli Blue a réussi sa reconversion: il est devenu chef des agents de sécurité pour la TNA.

1996 : C’est un autre débutant, Doug Gilbert, qui a tiré le numéro maudit. Il ne durera que deux minutes dans la bataille royale et n’a plus jamais fait une apparition dans un ring depuis.

Doug Gilbert a vu ça et il est parti, pour toujours…

1997 : C’est la première exception qui confirme la règle: Goldust a tiré le numéro 14 et s’en est sorti. Certes, il est pistonné par papa, pas très haut dans la carte et n’a pas toujours reçu les honneurs (3 Worst Gimmick Award du Pro Wrestling Observer en 15 ans), mais il a survécu à ce qui semble quand même être une malédiction. Dustin Rhodes quittera tout de même la WWE en 2019 et enterrera la gimmick Goldust par la même occasion pour rebondir chez son frère Cody à la All Elite Wrestling.

En fait, la carrière de Goldust est finie depuis longtemps, mais personne n’a eu le cœur de le lui dire.

1998 : Seconde exception à la règle du 14, chiffre maudit: Ken Shamrock, qui n’est certes pas un catcheur qui marquera l’histoire, mais qui a réussi une très belle carrière dans les rings de MMA.

1999 : C’est un certain Kurrgann qui a le numéro 14 et la tradition reprend ses droits. Ce Québécois, nommé, Robert Maillet, disparaîtra de la WWE avant l’an 2000 et continuera sa carrière à une bien moindre échelle dans la promotion de Jacques Rougeau. Son physique de big man (2m09, 150 kilos) lui a aussi permis de décrocher quelques rôles secondaires au cinéma, même si sa réputation dans le domaine est surtout basée sur le fait que, lors de son dernier tournage, Sherlock Holmes, il a malencontreusement mis KO Robert Downey Junior, la star du film.

2000 : C’est un vétéran dont la carrière est derrière lui, Bob Backlund, qui a tiré le numéro maudit. Donc si, effectivement, il n’a rien fait de bien fou dans le ring depuis son apparition en 2000, ce n’est pas une preuve suffisante de la malédiction, qui semble d’ailleurs être bien plus faible depuis 1997. Effectivement Backlund ne fera plus rien dans un ring après ce numéro 14 maudit mais ça, même lui pouvait s’y attendre. Par contre, le retour aux rings de l’ancien champion du monde était motivé par une autre chose: sa volonté d’être sénateur républicain au Congrès en cette année 2000. Il fera 29 % des suffrages.

“Je tiens à préciser que j’avais déjà cette tête d’abruti avant de tirer le numéro 14.”

2001 : Et le numéro 14 du quatorzième Rumble est le Goodfather. L’ex-Godfather devenu vertueux et ancien Papa Shango fera là sa dernière apparition majeure dans le ring avant d’être remercié en 2002. Il est parfois rappelé par la WWE lors d’occasions spéciales.

2002 : L’un des plus beaux exemples de la malédiction: Diamond Dallas Page. L’ex-champion de la WCW avait tout pour réussir: over avec le public et un finisher de rêve, le Diamond Cutter. Malheureusement pour lui, il sera blessé lors d’un match le 18 avril 2002 et décidera de prendre sa retraite. Même s’il a fait quelques apparitions in-ring depuis, il est retraité et, comble du comble, personne ne se souvient de son fabuleux finisher que Randy Orton lui a volé pour en faire le RKO.

Fallait pas entrer quatorzième, mec.

2003 : Encore un catcheur maudit: Eddie Guerrero qui, comme Davey Boy Smith, a tout réussi dans sa carrière après son passage avec le numéro 14. Mais, hélas, il est décédé à 38 ans, en 2005

Laissant son adorable jeune épouse à la merci de vautours comme Eric Escobar.

2004 : Rikishi est un athlète samoan, comme Haku, lui aussi frappé du numéro maudit 14 ans plus tôt. Big man puissant, favori du public, la WWE le somme le lendemain de perdre du poids pour garantir sa santé dans le ring. Il en sera incapable et sera remercié en juin de la même année.

“Moi aussi on m’a demandé de perdre du poids, et j’ai même pas eu le 14!”

2005 : Orlando Jordan, que la majorité d’entre nous a oublié et c’est pas plus mal, sera remercié en 2006 après avoir eu de nombreuse occasions de briller, notamment en tant que valet de JBL à la grande époque de son règne à SmackDown.

2006 : C’est un autre membre d’une tag team qui fait son apparition avec le numéro 14 : Joey Mercury. A cette époque, M’n’M, qu’il forme avec Johnny Nitro, futur John Morrison, est une grande équipe dont les deux membres semblent appelés à remporter des titres individuels plus tard. Dans la grande tradition du syndrome Marty Jannetty, c’est Mercury qui va succomber à la malédiction et laisser le champ libre à son partenaire: cinq mois plus tard, il échoue à un test de la Wellness Policy et doit subir six mois de suspension.

A peine revenu, pendant que Johnny Nitro avait réussi à se faire un nom en solo en gagnant deux fois le titre intercontinental, l’équipe se reforme jusqu’au Fatal Four Way Ladder Match d’Armaggedon 2006 où Mercury aura la malchance de fournir la WWE en ralentis: visage broyé par un spot de catapulte botché des Hardy Boyz, il sera écarté des rings pendant sa convalescence puis « remercié » peu après.

– Dis, John, tu te souviens de Joey Mercury? Tu lui a pas porté chance, non?
– Par rapport à Matt Cappotelli, je trouve que ça va.

2007 : Jeff Hardy a tiré le numéro 14 et semblait avoir échappé à la malédiction: malgré une carrière menée depuis avec des hauts et des bas, il avait réussi à compléter son palmarès avec le titre mondial qui lui manquait. Oui mais c’est Jeff Hardy, un type dont les problèmes d’addiction sont récurrents.

Après avoir été champion de la WWE il quitte cette dernière à la fin de l’été 2009 après une grosse rivalité contre CM Punk. La descente aux enfers ne fait que commencer: il atterrit à Impact Wrestling — rejoint plus tard par son frère Matt —, ses problèmes d’addiction refont surface. Personne n’oubliera cette soirée de Victory Road 2011 où le catcheur entre complètement stone sur le ring pour affronter Sting qui n’a pas d’autre choix que de terminer le match en quelques secondes pour éviter un drame.

Heureusement pour lui le catcheur retombera sur ses pattes quelques années plus tard. Le catcheur se sort de ses problèmes d’addiction, retrouve avec son frère passé par quelques mauvais moments lui aussi le devant de la scène à Impact puis sur le circuit indépendant, et retrouve la WWE en 2018 dans l’un des comebacks les plus markant à WrestleMania.

Quand Jeff prend un coup du sort, c’est une pas juste un murmure dans le vent.

2008 : Entrée en quatorzième position d’Umaga, dont on a appris le décès le vendredi 4 décembre 2009 à l’âge de 36 ans.

2009 : Finlay qui, pour l’instant, va bien physiquement et a eu suffisamment de moments derrière lui pour ne pas avoir vu sa carrière entamée par cette attribution tardive du numéro de la mort. Il a depuis mit fin à celle-ci pour passer derrière le rideau, toujours à la WWE.

La pire chose qui soit arrivée à Finlay dans sa carrière.

2010 : Le coup du sort a été assez direct mais pas si méchant pour MVP qui à la fin de cette même année, quitte la WWE pour rejoindre… la NJPW. Si si, il y battra même Kazuchika Okada et en sera le premier champion IWGP Intercontinental en 2011. On a vu pire comme malheur.

2011 : Le malchanceux de cette année s’appelle Chris Masters. Le Rumble de 2011 contient quarante catcheurs et Masters subira le coup classique: fin de contrat en août la même année et n’y remettra plus jamais les pieds. Depuis il catche en indépendant et est passé par Impact Wrestling.

“Franchement j’vois pas où ça a merdé.”

2012 : La carrière de Jinder Mahal n’avait jamais vraiment décollé à l’époque. Son principal fait d’arme lors de ce premier run à la WWE, ce sont les 3MB avec Drew McIntyre et Heath Slater avant de partir en 2014. Pas glorieux, mais pas fini le Mahal. Il revient en 2016, plus baraqué que jamais, et se voit propulsé jusqu’au titre de champion de la WWE.

2013 : Le cas de Rey Mysterio illustre assez bien la malédiction du cas torze d’aujourd’hui: plus soft mais pas sans pitié pour les carrières. Quelques mois après ce Royal Rumble le luchador se blessait, disparaissait des rings de la WWE pour ne pas y revenir avant bien longtemps. Une rivalité, une vraie cette fois, va l’opposer à la compagnie de Stamford: il veut la quitter mais celle-ci refuse de mettre fin à son contrat, l’ayant gelé quand celui-ci s’est blessé.

On le verra à Lucha Underground, à la AAA et sur pas mal de ring du catch indépendant avant un retour à la WWE en 2018, un titre des États-Unis furtif… et une nouvelle blessure après un match contre Samoa Joe qui va le tenir éloigner des rings pendant quelques mois.

“En vrai je lui ai juste chuchoté le nom de Tyson Kidd, et son épaule s’est déboitée toute seule!”

2014 : Kevin Nash n’en a pas trop souffert, simplement de passage sa carrière étant quasiment terminée à ce moment là, le pire était déjà derrière.

2015 :  Diamond Dallas Page fait fort. Après avoir déjà eu le numéro 14 en 2002, il revient sur le ring pour participer au Rumble de 2015… et entre à nouveau en quatorzième position. Il fait tellement fort que c’est le type qui l’a éliminé qui semble souffrir de la malédiction aujourd’hui. Qui donc ? Rusev. Eh oui.

“Oh putain! J’ai plus qu’à m’mettre au yoga moi maintenant.”

2016 : Cody Rhodes (Stardust) entre en effet dans les maudits et ça n’allait déjà plus en 2016. La carrière solo du fils de Dusty Rhodes était pourtant bien parti avec notamment un règne de champion Intercontinental mémorable grâce à la storyline Undashing et la rivalité avec Rey Mysterio. L’ancien membre de la Legacy avait dépassé son collègue Ted Dibiase Jr. Puis est arrivé le personnage de Stardust qui aura duré bien trop longtemps, au point de décider Rhodes à rendre son tablier.

2017 : Kofi Kingston a pas mal de chance en ce moment. À l’époque du Royal Rumble 2017 tout allait bien. Kingston est l’un des membre du New Day et s’ils ne sont pas champions par équipe à ce moment là le groupe coule des jours heureux à la WWE. Kofi Kingston a depuis remporté le titre de champion de la WWE à WrestleMania 35 en battant Daniel Bryan dans le meilleur match de la soirée. Pour le moment, tout va bien. Touchons du bois.

“Ouais t’as raison touche du bois, et le lâche pas surtout héhé.”

Pour l’édition 2018, la WWE, toujours en avance sur son temps, annonce que les femmes auront enfin leur Royal Rumbe elles aussi, et les met ainsi dans le danger du cas torze.

2018  : Michelle McCool ne risque plus rien : non seulement sa carrière est terminée depuis quelques années, mais elle a aussi épousé le Deadman. Le mauvais sort ne peut pas lui faire peur.

2018 : Shinsuke Nakamura est un autre cas spécial puisqu’il fut tout bêtement le vainqueur de cette édition. Tout va bien direz-vous, mais l’avez vous vu récemment ? Après une storyline basée sur les coups dans les parties génitales d’AJ Styles, l’ancien grand nom de la NJPW a disparu dans les limbes de la lowcard de SmackDown.

“Et paf! Les voilà plates comme t’imagine la terre!”

2019 : Il est encore trop tôt pour se poser des questions sur le sort de Kairi Sane, elle vient tout juste d’arriver dans le roster principal et se retrouve en équipe avec Asuka pour visiblement aller chercher les titres de championnes par équipe. Mais en voyant justement où en est Asuka aujourd’hui, on s’inquiète.

2019 : Dean Ambrose fait tout aussi office de cas un peu spécial. La suite de sa carrière à la WWE était déjà décidée: l’ancien membre du Shield allait quitter la compagnie de Stamford pour redevenir Jon Moxley et s’illustrer notamment sur le ring de la All Elite Wrestling à Double or Nothing. Espérons que ce cas-là ne s’aggrave pas.

La coïncidence est assez sidérante, mais on aurait aimé ne pas pouvoir l’illustrer avec le bulldozer samoan (ou tout ceux qui nous ont quitté depuis), qui y aurait très bien trouvé sa place avec son renvoi. Mourir était très exagéré. Quoi qu’il en soit, suivez attentivement celui qui arrivera après le 13 lors des prochain Rumble…

“Non mais la malédiction elle touche Dean Ambrose. Moi c’est Jon Moxley, je suis peinard.”

Article originalement publié le 5 décembre 2009, mis à jour le 15 juin 2019.